QUEL LIONISME PROPOSER AUX JEUNES GENERATIONS ?

Réflexions d’un jeune trentenaire

Pourquoi le site des 100 ans du Lionisme me ressemble tant ? Pourquoi je me reconnais totalement dans tout ce que les LIONS ont pu entreprendre au cours de ces cent dernières années et pourquoi, paradoxalement, je ne me reconnais pas au niveau du CLUB ?

100 ans, mes Amis, ce n’est pas rien. Nous les LIONS avons traversé 100 ans au cours desquels nous n’étions pas seuls dans notre coin ou perchés sur une tour d’ivoire. Non ! Au contraire ! Nous avons vécu au cœur d’un monde en perpétuelle évolution : durant ces cent années, des frontières se sont redessinées, plusieurs fois même. Des murs se sont construits, d’autres sont tombés avec leur lot d’idéologies. Des guerres ont éclaté qui nous ont profondément bouleversés, transformés. Des crises se sont invitées et nous avons dû les surmonter. Et puis les maladies, les épidémies, les grands déplacements de population fuyant toute sorte de fléaux. Et tout cela nous a poussés à agir, à prendre position, à nous surpasser.

Dès 1917, quand l’Etat Providence n’était pas au rendez-vous, nous avons éclairé l’avenir et montré le chemin. Nous avons reconstruit l’après-guerre en participant à l’élaboration de la Charte des Nations Unies, mais aussi sur le terrain pour rebâtir, nourrir, soigner, prévenir. Et nous continuons cette œuvre encore aujourd’hui, toujours à l’affut des nouveaux fléaux et tous ensemble, complètement dans le MOUV.

Alors, pourquoi ai-je vécu un tel décalage entre l’entité internationale que représentent les LIONS qui œuvrent main dans la main pour former un tout cohérent, ces LIONS que l’on voit à l’œuvre sur tous nos sites internationaux, nationaux et locaux, dont on sent bien que perdurent depuis 100 ans les valeurs fondamentales qui sont « SERVIR et UNIR, dans la paix et l’entraide, les hommes de toutes conditions », pourquoi ce décalage dis-je entre le « cerveau global » des LIONS et la réalité du club local dont je vous passerai les détails mais dont vous avez tous une petite idée ?

Car oui, j’étais LION et je suis parti. Je sais ce que vous allez me dire. Je suis de la génération Y : celle qui zappe, celle qui se lasse, celle qui est trop individualiste et ne parlons pas de mes cadets qui arrivent à grands pas derrière moi, la génération Z. Mais ne pensez-vous pas que notre esprit, notre comportement, notre réalité sont totalement en accord avec ce nouveau millénaire qui bouge sans cesse, dont les terres, les mers et le climat sont de plus en plus instables ? Génération d’enfants gâtés ? Non pas vraiment si l’on considère notre environnement plus hostile que celui du siècle dernier. Mais nos rapports avec nos parents se sont construits de façon plus égalitaire. C’est pourquoi nous, générations Y et Z, lorsque nous ne sommes pas à l’aise quelque part, dans notre travail, dans une association ou autre, ON SE CASSE sans discuter. On va voir ailleurs.

Vous avez vécu l’ère industrielle et le Lionisme s’est organisé et structuré, comme les entreprises, selon un modèle pyramidal. Mais n’oubliez pas que les premiers Clubs, ceux du Melvin Jones des années 1917, rassemblaient des hommes d’affaire, tous aussi égaux les uns que les autres, tous aussi décideurs les uns que les autres, dans une organisation que le management d’aujourd’hui qualifierait « en réseau » où personne ne commandait, personne ne dominait et où chacun apportait sa part à l’édifice.

Durant ces 100 dernières années, le système international s’est transformé. Nous sommes passés d’un monde bipolaire (distribution des jeux de pouvoir selon un axe Est/Ouest et répartition des richesses selon un axe Nord/Sud) à un monde multipolaire. Ainsi, la disparité se trouve aujourd’hui sur des territoires très proches les uns des autres : physiquement par la proximité (l’extrême pauvreté est devant notre porte) et virtuellement par l’information instantanée sur tout ce qui se passe à l’échelle planétaire.

En même temps, le monde est devenu Hétérogène : les pays qui autrefois concentraient sur leur sol différentes ethnies, cultures, religions, coutumes, idées voire idéologies, étaient qualifiés de « poudrière » car difficilement gouvernables. Aujourd’hui, cette hétérogénéité des populations concentrées sur un même territoire s’est généralisée. D’où une lutte constante des gouvernements pour développer le sentiment de citoyenneté afin de rassembler et de provoquer une communauté d’intérêts.

Et puis on parle aussi de GLOBALISATION : Il y a interdépendance entre les nations, les activités humaines et les systèmes politiques. Le moindre changement environnemental, économique, politique peut affecter le reste de la planète. Avec les Technologies de l’Information et de la Communication, nous nous sommes structurés en réseau, constituant ensemble ce que l’on appelle : « le cerveau global planétaire »

Voilà pourquoi le Lionisme International est une organisation parfaitement adaptée aux grands changements qui ont bouleversé le monde depuis cent ans, car il est actif autant au niveau local, que national et international, la Fondation étant un outil parfaitement adapté à ces changements.

Mais Parlons maintenant du futur
: les enjeux du XXIe siècle ont été parfaitement repérés par les LIONS et des solutions sont déjà avancées : climat, environnement, culture, savoir vivre ensemble, etc. A deux exceptions près ?

Deux changements majeurs sont en train de se dessiner pour les 100 prochaines années qui concernent notre génération Y et Z car c’est nous qui sommes à l’œuvre derrière tout cela : ces changements sont en relation directe avec les difficultés que vous rencontrez aujourd’hui pour recruter et garder de jeunes LIONS.

1/ Le système hiérarchique en pyramide s’effondre : il est en train de s’inverser dans un premier temps, puis il disparaitra au profit de ce qu’on appelle la toile d’araignée ou réseau. Avant, le haut de la pyramide donnait le « ONE BEST WAY » vers le bas. Aujourd’hui, la base de la pyramide dit : « Pour chaque acte que nous décidons, nous votons pour le monde dans lequel nous voulons vivre. Que ce soit un achat, un comportement, une attitude ». Hé oui ! La démocratie directe est déjà en place ! La base, organisée en réseau, communique et décide. Elle peut faire plier de grandes organisations telles des Etats, des Sociétés Multinationales, des ONG, et les Etats sont eux-mêmes influencés et partagent leur gouvernance avec une communauté internationale composée d’autres états, mais aussi de multinationales, d’ONG dont le LIONS CLUB, d’associations, de collectivités territoriales locales, de collectifs composés de citoyens.

2/ Les générations Y (25/35 ans) et Z (moins de 25 ans) se dématérialisent : l’ère industrielle a expérimenté le matérialisme et la possession d’objets. Les Y et les Z feront muter la notion de propriété et préfèrent déjà vivre des expériences plutôt que d’accumuler des objets. Dès lors, pourquoi APPARTENIR à un club alors que nous pouvons à tout moment via les réseaux sociaux, nous rallier à un collectif pour répondre à une mission : sauver un chien en donnant 1 €, 2€ ou bien partager des denrées avec d’autres, en faire un repas, aller le distribuer aux SDF, puis rentrer chez soi, la mission terminée, rapide et efficace. Le collectif d’intérêt n’est pas une structure. Son existence peut être éphémère, transformable et adaptable à souhait, ce qui convient à notre vie actuelle : imprévisible, instable, changeante.

Alors devant ces changements, comment nos clubs peuvent-ils attirer à eux les jeunes générations ?

Il ne s’agit pas d’une lutte à mener entre deux générations totalement différentes, mais bien de réfléchir à la transition d’un système vers un autre tout en faisant vivre ensemble des LIONS qui ne vivent pas dans les mêmes réalités.

Les UNS aiment la stabilité, l’appartenance, le territoire, le petit groupe d’amis, les réunions entre pairs tandis que les AUTRES vivent dans un monde dans lequel ils doivent constamment s’adapter, sont prêts à changer de territoire au fil des opportunités, ont des amis tant physiques que virtuels, préfèrent les « événements », les « rassemblements éphémères mais efficaces et concrets » aux réunions régulières et interminables. Ma génération Y aime s’engager pour des missions pertinentes et locales. Lorsque nous visons l’international, nous partons en MISSION humanitaire avec une ONG de notre choix. Mais la plupart du temps, nous sommes prêts à nous rallier à des causes locales. Pour cela, les clubs sont pour nous un moyen pour nous rassembler avec d’autres personnes de tout âge et de toute condition, afin de mener des missions de lutte contre le gaspillage, contre l’illettrisme, contre la pauvreté, etc. pourvu que ce soit pertinent pour nous, c’est-à-dire que nous puissions donner notre avis car nous n’aimons pas être contraints ni gouvernés, notre éducation nous ayant plongés depuis notre enfance, dans l’échange et le partage.

Nous n’avons pas les moyens et nous ne voulons pas payer une cotisation élevée et régulière pour nourrir un système pyramidal qui n’a pas de sens pour nous. D’ailleurs, faites bien le calcul : sur une population de 56 000 habitants, je compte 32 Lions répartis sur 2 clubs. Soit 32 x 25 € (cotisation mensuelle) = 800 €.

Si 2 % de cette population devient Lion via une application internet à 1 Euro par mois, on a 1120 Lions (donc plus de monde mobilisé pour des actions) et un total de 1120 €.

Nous, les Y et les Z, nous aimerions nous identifier à une application MyLion sur notre téléphone portable parce que nous avons le sentiment de faire partie d’un grand réseau planétaire capable de changer le monde et nous pouvons répondre à tout moment aux demandes DES CLUBS pour servir une cause ponctuelle et locale, pour venir à une réunion de préparation, pour aider nos aînés à utiliser ou mettre en place des outils de communication, pour les mettre en relation avec notre réseau professionnel, etc. Avec une application, nous restons connectés avec tous les autres Lions, avec différents clubs car nous cultivons la transversalité, avec toutes les infos dont nous sommes friands, et avec les forums pour nous exprimer, donner notre avis, donner des idées, rassembler pour entreprendre, etc.

Soyez conscients que nous aussi, nous voulons changer le monde pour qu’il soit meilleur. Nous ne bénéficions pas de ce sentiment de sécurité que vous avez vécu durant les trente glorieuses. Nous savons que, lorsque nous apportons nourriture et réconfort à une personne sans logement qui se trouve sous nos fenêtres, c’est peut-être nous, demain qui seront à sa place. La seule pyramide que nous reconnaissons est celle de Maslow et nous voyons bien qu’à notre porte, en 2017, le toit et la nourriture ne sont pas une évidence pour tout le monde.
Je voudrais à présent vous parler des Y et des Z qui font des études. Chaque année, sont produits dans les grandes écoles et les universités, des mémoires d’étude assortis de stages en entreprises ou auprès d’associations. Autant dire, une mine d’or que vous n’exploitez pas. Vous pouvez d’une part trouver des jeunes qui vous confectionneront des outils de communication hi-teck, d’autre part des innovateurs qui pourront construire avec vous des projets.

Par exemple, vous, les LIONS, vous avez créé les Boites à Livres. Et bien nous, les jeunes, nous vous proposons d’inventer avec de futurs ingénieurs, des BOITES A MIAM. Une sorte de réfrigérateur qui fonctionne sans électricité (soit au solaire, soit avec des circuits d’eau) et qui, placés à des endroits ciblés dans vos villes, pourront recevoir les légumes en surplus des uns tandis que d’autres viendront se servir pour en profiter. C’est à la fois une lutte contre le gaspillage et contre la faim.

Allons donc chercher tous ces talents, tous ces jeunes Z qui parleront de nous à leurs amis et nous feront connaître au travers de leurs œuvres innovantes, concrètes et visibles. C’est de cette façon que le Lionisme passera le flambeau aux nouvelles générations.
C’est bien aux LIONS d’aller vers eux et même de courir après eux parce que la direction, ils l’ont déjà prise. Sortons de l’ancien système qu’ils fuient à grand pas. Au compte rendu de réunion, ils préfèrent les fiches techniques pour monter des actions. Aux réunions mixtes répétitives, ils préfèrent créer un événement festif autour d’un thème et dans des lieux différents. Aux clubs homogènes où l’on cultive l’entre soi, ils préfèrent la rencontre d’une pluralité d’âge, de genre, de condition, d’horizon, de culture.

Voilà mes Amis, je m’arrête là. Je ne vous ai probablement pas tout dit, mais j’en ai dit assez pour vous secouer par les épaules et pour que vous puissiez, au cours de ce congrès d’automne, engager la discussion avant l’hiver et provoquer des changements car après, viendra le printemps.

Je remercie tous les LIONS qui ont participé à ce travail prospectif car, vous l’avez compris, je suis un personnage fictif qui, en m’adressant à vous, fait la synthèse des échanges d’idées menés depuis 6 mois au sein de différents clubs du District, à la demande de notre Gouverneur Michel Denis. A ces LIONS laborieux, nous avons promis le plus strict anonymat afin que les choses soient dites et exposées dans la plus grande sincérité et sans la moindre retenue.

La question qui leur a été posée à tous était ouverte : « Comment attirer les jeunes générations ? Le Lionisme : histoire / analyse / préconisations d’actions » « Dites tout ce qui vous vient à l’esprit, il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses »

J’espère que le débat qui résultera de cet exposé recevra tout l’enthousiasme que nos amis LIONS ont mis dans ce travail. ENCORE MERCI A EUX et place aux échanges.

© Lions club district SO 2017